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"L’innocence de Eva" - Huile sur toile - 81 x 100 cm
Détail
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Commentaires réalisés par Ana Pardo Les causes qui sont à l’origine de mes tableaux me surprendront toujours. Pour « l’innocence de Eve » le motif fut beaucoup plus singulier que ce que présuppose une esquisse. Mon tableau Adam et Eve fini, j’étais dans le doute quant à l’insistance ou non sur l’un des thèmes bibliques les plus suggestifs. C’est précisément parce qu’il s’agit de l’un des chapitres les plus remarquables et révélateurs de la conduite humaine que je concevais un motif qui traduirait cette dualité qui nous définit tant : l’instinct de la singularité face à nos besoins sociaux. Le premier conflit moral de l’homme naît de son besoin de se réaffirmer comme individu sans perdre l’acceptation du groupe car c’est à travers ce diphormisme qu’il conçoit le bien et le mal, verdicts qui arbitrent un déséquilibre de cette dualité. C’est ce conflit interne, appelé « pêché original » qui nous définit comme « homme » : Eve qui dépasse les limites de l’infini, le comportement masculin de Adam qui défie Dieu en renonçant à l’immortalité seulement pour montrer à la femme un fragment de sa qualité d’homme. Bien que ce chapitre si poétique et illustratif de notre nature ait été défini à travers la tentation , il est clair que c’est le diable qui nous perd, le diable que nous avons tous en nous. Comme ce comportement est inhérent à la race humaine, le pêché peut-il renfermer quelques connotations négatives ? Eve fut-elle coupable d’être humaine ? Ces réflexions prirent forme dans deux esquisses au même schéma compositif que « résurrection », mais un fait inusité fit que leur structure pris un autre chemin et changea même leur propre discours. J’ai reçu un courrier au ton jovial d’un portraitiste américain fort sympathique. Courtois et aimable il vantait mon œuvre avec la plus stricte courtoisie américaine même s’il y avait en lui quelque chose que l’on retrouve chez tous les peintres quelle que soit leur origine : de la condescendance. Plus mes œuvres se rapprocheraient de sa vision, plus elles regorgeraient d’art. Je n’ai rien à en redire quand c’est une idée qui juge. Même si je n’étais pas d’accord avec elle, son relativisme et dans bien des cas son inconditionnel appui rendrait vain toute discussion. C’est uniquement quand on fait allusion à une idée sur l’art que se réveille en moi un sixième sens, irrépressible, combatif, non pas par autodéfense mais pour essayer de sauver la magie de ses talents qui ont rendu la peinture si digne. Cela ne fut pas le cas. C’était un véritable gentleman new-yorkais. Il s’y connaissait et n’eut pas l’étroitesse d’améliorer un seul de mes portraits, sa générosité alla jusqu’à en couvrir trois d’entre eux. Sur mon autoportrait il n’émit à peine que quelques critiques et je ne pouvais rien lui objecter; Beaucoup de photos ont été prises de ce tableau mais aucune n’a pu rendre les véritables couleurs qui font de lui une étude intéressante de technique ancienne. Dans « Ma vision de Frida » je suis fermement convaincue que son inconfessable désir de voir Salma Hayek aveuglait sa vision artistique. Ce fut avec « Le petit David » que je pus constater que sa connaissance de la peinture était inversement proportionnelle à son discernement sur l’art. Ma curiosité pour connaître sa peinture s’éveilla; ce n’est pas la première fois que nos premières impressions nous trompent. Effectivement, impeccable dans ses manières, mon estimable critique avait réussi à transmettre à sa peinture la pureté de son caractère ; dans ses portraits on pouvait parfaitement distinguer le modèle et le photographe. Mais l’art recourt à une autre dimension car il utilise d’autres ressources. Je crois que c’est Goethe qui déclara que lorsqu’on peint un chien dans tous ses détails, en respectant tous les poils de sa moustache, on n’obtient pas une œuvre d’art mais deux chiens. Il est évident que c’est le métier qui fait le peintre mais pas l’artiste, même si tous les artistes connaissent bien leur métier. De nos jours on domine à peine les éléments apodictiques qui interviennent dans toute composition : un peu de géométrisation des lignes compositives, l’espace (points et zones dorées) et les couleurs (harmonies chromatiques). Cependant et dans l’hypothèse de dominer tous ces champs, c’est à dire quand on sait ce que l’on fait et pourquoi on le fait, c’est là que le seuil artistique apparaît devant nous, et c’est à ce moment-là que nous devons apprendre à défaire et concevoir des ressources que la technique ne nous donne pas. Dans « Le petit David » l’affable américain applaudit la poésie de son fond mais regretta énormément l’erreur technique commise au niveau du col de la chemise. Mon estimable ami avait dédaigné le recours le plus artistique du tableau : celui qui met l’accent sur le jeune âge et la candeur d’un enfant n’était pour lui qu’une erreur d’assemblage Il n’a pas réussi à apprécier que la déformation d’une perception réelle peut accentuer une qualité spirituelle. Néanmoins et malgré ses carences je continue à penser que c’est un peintre honnête. De la même façon que ma peinture simule une technique moindre que celle que je possède ou la sienne semble avoir un art majeur, dans les deux cas nos pinceaux tendent à transmettre une perception d’authenticité picturale. Après ce bref aparté sur travail je tournais à nouveau le regard vers Eve. La réflexion pour disculper son pêché s’était évanoui et, par affinité, ma vision de son innocence n’était plus rédemptrice mais candide et virginale. Comme « Le petit David », « Eve » devait montrer maintenant pureté et simplicité, comme cela correspond à la première femme des textes sacrés. J’ai voulu ajouter, de plus, une difficulté dans sa composition : être originale tout en étant à la mode, ou bien, ce qui revient au même, ratifier sur moi-même la valorisation dichotomique à laquelle je me suis référée au début et qui a servi de moteur à l’art tout au long de l’histoire. Or, si nous voyons l’art comme une faculté humaine exercée par et pour l’homme, essayer d’être original tout en restant à la mode, alors ma mode ne doit pas être comprise comme une approche au concept décadent qui s’est implanté au XX ieme siècle avec aussi peu de préméditation et d’efforts, à savoir la faculté humaine exercée par et pour les singes. Mon intuition et connaissance ont grandi guidé sous la tutelle de la tradition, et par conséquence, mon « Eve » n’a pas eu d’autre possibilité que d’émerger de ces limites. Mais, comme elle, j’ai voulu en dépasser une. Je ne veux pas qu’on m’interprète mal : les grands maîtres ont toujours transgressé certaines limites, ou autrement dit et pour exprimer plus correctement la labeur de la tradition, ils ont toujours poussé un peu plus loin leurs lignes de partage. J’avais déjà une esquisse et pourtant une question ne cessait de tourner dans ma tête. Jusque où pousser la limite ? Pendant la durée de ces conjonctures, je confesse que j’ai très souvent eu la tentation d’être grotesque jusqu’à l’extrême et de me perdre dans le charabia de l’art séculaire en représentant sur la toile une côte de porc peinte avec la main gauche. Mais le bon sens a triomphé et quoique l’idée qui me vint à l’esprit ne fût pas précisément sensée, la liberté que je prends toujours en renonçant aux modèles physiques me permit d’appliquer des solutions picturales archaïques qui justifièrent et équilibrèrent mon petit excès. Si le public perçoit dans ce tableau l’innocence et la candeur j’aurai atteint l’effet désiré ; si en ayant obtenu l’effet désiré une grande partie des érudits ne reconnaissent pas l’euphémisme par lequel je m’éloigne de l’orthodoxie classique, j’aurai constaté alors, une fraction d’originalité. Ana Pardo |
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